Les idées et les astres

Jacques Dufresne
Ce n'est pas parce qu'on ne voit pas une chose qu'elle n'existe pas.
La certitude qu'il existe un monde supralunaire parfait a imprégné toute la culture occidentale, y compris bien entendu la poésie, comme en témoigne le grand chef-d'oeuvre de la littérature italienne, La Divine Comédie de Dante. Le poète qui visite successivement l'Enfer, le Purgatoire et le Ciel décrit tout ce qu'il voit en s'inspirant du système de Ptolémée. Voici comment il évoque la hiérarchie entre les mondes:

«Mais, dans le monde sensible, les sphères tournent, plus divines à mesure qu'elles s'éloignent de leur centre.

Ce temple admirable et angélique a pour seul confins la lumière et l'amour [...]

Les cercles matériels sont amples ou étroits, selon le plus ou moins de vertus et penchés sur eux.

Une plus grande vertu produit un plus grand bien, et un plus grand bien s'enferme dans un plus grand corps, si une égale perfection anime toutes ces parties.

Donc le cercle en traînant avec lui tout le haut univers, correspond au cercle des intelligences les plus embrasées par la science et l'amour.

Considère la vertu, non la forme apparente de ces sphériques substances;

Tu reconnaîtras un rapport admirable, dans leur gradation successive, entre chaque ciel et son intelligence motrice.»

Au XXe siècle, un admirateur de Dante, méditérranéen lui aussi, Charles Maurras, reprendra à son compte l'analogie entre les Idées et les astres incorruptibles:

«Beauté, raison, vertu, tous les honneurs de l'homme,
Ces visages divins qui sortent de ma nuit».

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