L'enseignement à domicile aux États-Unis

Jacques Dufresne
Voici des faits qui nous rappellent que l'école, caractérisée par l'enseignement simultané, n'est qu'un moyen d'enseignement parmi d'autres.


En 1996, il y avait .1,23 millions de jeunes Américains qui, de l'élémentaire au secondaire, fréquentaient l'école de papa et maman, comme l'avaient fait jadis John Quincy Adams et Thomas Edison. L'auteur de l'étude statistique, Brian D. Ray, estime la marge d'erreur à 10%, ce qui veut dire que le chiffre exact pourrait être 1,103, ou à l'autre extrême 1,348. Une telle marge d'erreur s'explique par le fait que les pouvoirs publics hésitent à divulguer de telles données. Compte tenu de la croissance rapide de ce secteur, on peut affirmer qu'en 1997-98, il y avait au moins 1,368 million jeunes Américains qui s'instruisaient hors des écoles, privées ou publiques. Un chiffre analogue à celui du nombre d'enfants qui fréquentaient les écoles du Québec, de la maternelle au secondaire à la même période.

George Bush, qui sera sans doute le candidat républicain aux prochaines élections américaines, a bien saisi l'ampleur et la signification du phénomène puisque, à l'instar des autres candidats à l'investiture de son parti, il a promis de respecter et de protéger les familles qui optent pour l'enseignement à domicile. «Ce qui importe en éducation, ce sont les résultats et l'enseignement à domicile a produit des résultats.»

Il s'adressait à un groupe de 2,000 parents/enseignants venus défendre leur cause à Washington. Car, on le devine, dans de nombreux États, ils doivent se battre pour obtenir que leur conception de l'éducation soit respectée.

Dans tous les disciplines et à tous les niveaux , les résultats des enfants de l’école-maison sont supérieurs à ceux des enfants qui fréquentent les écoles privées ou publiques. (Voir à ce sujet le site http://www.hslda.org/)

88% parents qui choisissent l'école-maison ont prolongé leurs études au-delà du high school, contre 50% pour la moyenne des parents de la nation. Un parent sur quatre détient un diplôme d'enseignant. Le revenu moyen (médiane) de ces parents, on l'aura deviné, est aussi plus élevé que celui des autres parents: 52,000$ contre 36,000$. 92% sont mariés, contre 72% pour l'ensemble du pays. 76,9% des mères du secteur école-maison n'ont pas d'emploi rémunéré et 86% de celles qui travaillent à l'extérieur ont un emploi à demi-temps. Dans l'ensemble de la société, seulement 30% des mères d'enfants de moins de 18 ans ne travaillent pas à l'extérieur.

Autre fait significatif: 1,6% seulement des enfants fréquentant l'école -maison regardent la télévision plus de trois heures par jour contre 40% de l'ensemble des enfants du pays.

L'enseignement à domicile peut prendre les formes les plus diverses. Toute l'activité peut se limiter soit à une famille, soit à un groupe de familles ayant entre elles des affinités, souvent religieuses. Une mère de famille peut aussi prendre des enfants du voisinage dans sa classe-maison. Il arrive aussi qu'on rassemble les enfants le samedi ou le dimanche pour leur donner l'occasion d'entendre des conférences ou des exposés donnés par certains parents ayant de solides connaissances dans telle ou telle matière. Il s'agit autant dans ce cas d'un enseignement communautaire que d'un enseignement à domicile.

Les mobiles des parents sont aussi très divers. On trouve parmi eux des lecteurs d'Ivan Illich, l'auteur de Une société sans écoles, aussi bien que des fondamentalistes, des libertariens aussi bien que des traditionalistes. Sachant que les dépenses occasionnées par l'enseignement à domicile sont de 400$ par enfant, alors que l'enseignement privé coûte 10,000$ et plus par année, on peut présumer que la principale cause du succès de l'école-maison est l'insatisfaction à l'égard de l'école publique, combinée avec les coûts élevés de l'enseignement privé.

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