Leroux Georges

27 juin 1945

Qui est Georges Leroux? Un philosophe québécois éminent et émérite. Il n’est pas le seul dans ce cas. Soyons donc plus précis : un traducteur de Platon qui a réussi son œuvre éducative en tournant le dos à Platon… tout en l’imitant. Dans l’un de ses plus célèbres dialogues, La République, Platon expose sa conception aristocratique de l’éducation. D’abord théoricien, il voulut, plus tard dans sa vie, faire subir l’épreuve de la réalité à ses principes en devenant le conseiller de Denys de Syracuse, l’un des plus cruels tyrans de l’époque. Platon espérait le convaincre de préférer la justice à l’injustice. Il échoua, mais dignement. Nouvel échec auprès du fils de Denys. C’est Dion, son disciple de longue date et son ami, qui l’avait attiré à Syracuse. Dion lui-même devait échouer dans sa tentative pour donner à sa cité un philosophe roi digne d’elle. On a dit qu’il est devenu tyran à son tour. Platon lui a conservé toute son estime, du moins si l’on en juge par cette Septième lettre, où il raconte ses «vagabondes folies de Sicile» pour conclure en ces termes : «Voilà donc pourquoi, ayant échoué, Dion est maintenant dans sa tombe, étendant un deuil immense sur la Sicile.»

Helléniste dans sa première carrière, proprement universitaire, Georges Leroux proposera une nouvelle traduction française de La République. En tant que philosophe de l’éducation, il semble s’être appliqué à s’opposer systématiquement à Platon. Non seulement se fit-il le défenseur d’une éducation fondée sur la démocratie, mais encore il abusa de ce mot amibe (l’expression est d’Ivan Illich) jusqu’au seuil de la démagogie.
Voulant, à l’instar de Platon, mettre sa théorie à l’épreuve sur le terrain, il a été l’habile artisan du consensus qui a rendu possible le programme Éthique et Culture religieuse, (ECR) en vigueur depuis 2008. Leroux a donc réussi là où Platon a échoué. Est-ce que son programme formera de bons citoyens? Peut-être écrira-t-on un jour dans un livre d’histoire : «Il avait oublié qu’il faut donner une éducation aristocratique aux jeunes pour en faire de bons démocrates.»

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