Euphorie

L'euphorie est un état de bien-être intérieur, à la fois moral et physique, qui confine à la volupté amoureuse, en son point le plus aigu. Elle peut aller jusqu'aux larmes de joie, qui sont d'ailleurs sa seule sécrétion. Elle comporte tous les degrés, depuis la simple alacrité et surexcitation mentale qui accompagne l'ingestion d'un verre de vin dans la fatigue, ou d'une tasse de thé ou de café, depuis la vision en rose de la première absinthe - quand l'estomac la supporte bien, - jusqu'à l'état de jouissance béate de l'injection de morphine ou de cocaïne. (Léon Daudet, L'homme le poison)

Essentiel

Le verre, la seringue et la sobriété.
Mieux vaut encore, à tout prendre, et bien que l'habitude en soit répugnante, se pocharder de temps en temps, selon le rite traditionnel - se pocharder ne veut pas dire s'alcooliser - que d'avoir recours à la terrible seringue Pravaz. Sans doute la sobriété est l'idéal, et elle est la règle de ces derniers mainteneurs de toute civilisation que sont les ordres religieux. Mais ceux qui, restant dans le monde, admettent la nécessité d'un stimulant, d'un auxilium contre les misères et les obstacles d'ici-bas, en dehors de la contemplation et de la prière, ceux-là seront sages de s'en tenir au vin, ami fidèle et sans caprices, pondérateur de l'organisme et régulateur de l'appétit.
(Léon Daudet, L'homme et le poison)

Enjeux

De l'euphorie à l'hallucination; de l'hallucination à la jungle hallucinatoire.
L'euphorie de l'opium n'est que rarement accompagnée -au début du moins - d'hallucinations; et le cas de Quincey, qui d'ailleurs mangeait l'opium, est assez rare. Il peut cependant exister. J'en dirai autant de l'euphorie alcoolique commençante et de l'euphorie absinthique. Au lieu que l'hallucination cocaïnique, sous forme de paysages frais et parfumés, de buissons de fleurs, d'exquises mélodies, peut avoir lieu dès le début. Un explorateur célèbre, ayant fait, pour voir, une piqûre de cocaïne, aperçut dans un coin de la chambre un tigre magnifique et apprivoisé, pour lequel il se prit d'une affection soudaine. L'ivresse se dissipant, le bel animal disparut «Bah! - se dit l'explorateur - je le retrouverai demain. » Or, ni le lendemain, ni les jours suivants, quelle que fût la dose de poison, il ne devait plus revoir son seigneur tigre, évanoui à jamais dans la jungle hallucinatoire. Six mois plus tard, il se suicidait de chagrin, ou, du moins, son suicide cocaïnique prenait, comme prétexte, l'absence du cher tigre. (Léon Daudet, L'homme et le poison)

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