Lespée Charles-Michel dit Abbé de l'Epée

1712-23/12/1789



Dans La culture sourde, Marguerite Blais évoque ainsi l'oeuvre de Charles Michel de L'Épée.

«Quant à la méthode d'enseignement par les signes, elle s'adresse aux laissés-pour-compte. Il s'agit donc davantage, comme nous le disions précédemment, d'une opposition entre deux classes sociales que d'un choix entre deux types d'enseignement. Le chef de file de l'enseignement des signes, l'abbé Charles Michel de L'Épée (1712-1789), sans être opposé au langage oral, trouve plus important de donner aux sourds un moyen de communication et d'apprentissage rapide. Son projet d'éducation s'étend à tous les sourds, indépendamment de leur origine sociale. De plus, il ne supporte pas l'idée que des âmes meurent dans le péché et, pour leur salut, il va s'efforcer d'éduquer les sourds pauvres. Il désire sortir les sourds de l'exclusion et les tirer de la condition quasi bestiale dans laquelle on les laisse croupir. Il ne perçoit pas les sourds comme des êtres inférieurs, même si, à l'époque, ces derniers sont généralement placés dans des asiles ou abandonnés à leur triste sort. En outre, de L'Épée ne met pas en doute l'intelligence des personnes sourdes, et l'ambiguïté qui prévaut autour de la surdité ne se pose même pas pour lui. Lorsque les élèves quittent son institution, ils sont de bons ouvriers et possèdent, grâce à son enseignement, un statut social supérieur à la moyenne des Français de l'époque. Ajoutons que de L'Épée a exposé et divulgué cette méthode d'enseignement facilement accessible, ce qui favorisa le recrutement d'élèves, notamment ceux qui ne pouvaient s'offrir un précepteur. Il a regroupé les sourds afin qu'ils développent une véritable langue gestuelle qui évoluerait en fonction des besoins liés à la communication interpersonnelle'. Pendant ce temps, les techniques d'enseignement par la méthode orale de Jacob Rodrigues Pereire (1715-1780), son contemporain, qui s'intéressait également à l'éducation des sourds, étaient gardées secrètes et ses élèves étaient peu nombreux. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, entre 1755 et 1789, 21 écoles ayant pour précepte la démarche de de L'Épée s'ouvriront en France et ailleurs en Europe'

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Le rayonnement de l'abbé de L'Épée


Les travaux de l'abbé de L'Épée serviront de modèle à Valentin Haüy, l'un des pionniers de l'éducation des aveugles:
«Valentin Haüy assiste à diverses séances publiques de ce procédé et est frappé par le caractère collectif, public et gratuit de cet enseignement. Haüy forme alors le projet de mettre l'enseignement à la portée de tous les aveugles, quelles que soient leur origine sociale et leurs possibilités financières.» Site de la Ligue Braille.

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