Un bel exemple de biomimétisme, la méthode de soins kangourou pour les prématurés

Marc Chevrier

Un récent reportage du quotidien britannique The Independent a attiré l’attention du public sur une méthode de soins pour les nourrissons prématurés mise au point par des pédiatres colombiens à la fin des années 1970 et qui imite les marsupiaux comme les kangourous, dont les nouveaux nés immatures achèvent leur gestation dans la poche ventrale de leur mère.

Or, d’ordinaire, les prématurés humains étaient séparés de leur mère et confinés dans des couveuses artificielles, d’un entretien coûteux, qui privaient les parents d’un contact étroit avec leur enfant. Pressés par la nécessité, notamment par le manque de moyens, ces pédiatres de Bogota ont ainsi eu l’idée de faire « incuber » le nourrisson prématuré directement sur la poitrine de sa mère, peau contre peau, de manière à ce que l’enfant vive en symbiose avec elle. Pendant cette « incubation » corps à corps, qui dure de 30 minutes jusqu’à 24 heures par jour selon les cas, l’enfant est nourri régulièrement, jusqu’à ce qu’il atteigne 2,5 kilos, à raison d’une croissance de 15 grammes par jour. Le père peut soulager la mère et prendre le relais en collant son enfant directement sur sa poitrine. Bien sûr, l’enfant ainsi confié à ses parents est étroitement suivi, soumis à des examens réguliers, et il est parfois nécessaire de placer une couveuse dans la chambre des parents. Et ce ne sont pas tous les prématurés qui peuvent être confiés dès leur naissance à des parents kangourous.

 Le résultat, semble-t-il, est étonnant, selon les récentes études, le taux de survie des prématurés s’améliore significativement dans plusieurs pays, et les parents sont rassurés, moins nerveux; de plus, selon une étude récente, il apparaît que les enfants soignés par cette méthode seraient moins hyperactifs, plus sociables et gagneraient même, à l’âge adulte, mieux leur vie. Et quand le père participe à de tels soins, les liens familiaux, ainsi que le ménage, s’en trouvent renforcés. L’expérience a tellement bien réussi que la loi en Colombie a étendu la méthode à l’ensemble du pays. Plusieurs pays du tiers-monde ont suivi l’exemple de la Colombie. Selon l’Organisation mondiale de la santé, qui a publié un manuel sur cette méthode, on pourrait sauver grâce à elle jusqu’à 450 000 vies par année. Et nous voilà aussi devant une petite révolution anthropologique, celle des pères-porteurs kangourous – à temps partiel, certes.


Voici le reportage :

http://www.independent.co.uk/life-style/health-and-families/skin-to-skin-kangaroo-care-baby-premature-therapy-health-a7559151.html .

Voici un texte en français de la société canadienne de pédiatrie :

http://www.cps.ca/fr/documents/position/methode-kangourou-pour-nourrisson-premature

 

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