Entraide et pauvreté

Léon Gérin
Exemple d'une assurance véritablement sociale, plutôt qu'étatique.

Dans les rapports du voisinage à Saint-Justin, il y avait lieu de distinguer trois degrés: le premier voisin, le rang, la paroisse. (...) Entre voisins, on se rend force services, on se prête des instruments de travail, des voitures, des chevaux. On va chez lui veiller au chevet des malades; pour le voisin, on attelle son meilleur cheval et on va chercher le prêtre dont la présence est requise auprès d'un mourant ou d'un malade. (...)

«Chaque rang pourvoit à l'assistance de ses pauvres. À Saint-Justin, la mendicité était un fait d'occurrence très rare à l'époque où j'y poursuivais mes recherches. Quelques journaliers, pourtant, sur leurs vieux jours, y tombaient à la charge du public. C'était alors, au premier chef, à la famille du nécessiteux, à ceux de sa parenté, à se charger de son entretien. Mais, à leur défaut, les habitants du rang devaient y pourvoir. Les indigents étaient logés et pourvus de toute chose au moyen de contributions volontaires. Tous les six mois à peu près, il s'organisait dans les divers rangs une collecte ou tournée au bénéfice des pauvres du rang. Les aumônes se faisaient en nature et les tournées étaient toujours fructueuses. (...)

«Au-dessus de la solidarité du rang, il y avait à Saint-Justin la solidarité plus compréhensive de la paroisse, réservée pour des occasions exceptionnelles. Par exemple, le voisinage paroissial faisait fonction d'assurance mutuelle. Il était rare qu'un habitant de Saint-Justin assurât ses constructions contre l'incendie dans une compagnie ou société. Mais le feu consumait-il ses bâtiments, aussitôt les paroissiens se concertaient (...) et en peu de temps notre homme se retrouvait sur pied, aussi bien pourvu qu'avant l'incendie.»

Extraits du livre de Léon Gérin, Le type économique et social des Canadiens, Éditions de l'A.C.F., 1937.

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