Le sport au Moyen Âge

Bernard Lebleu
Dès le début du XXe siècle, Jean-Jules Jusserand, un ami de Coubertin, a rappelé que le Moyen Âge fut une des époques les plus fastes pour le sport en Europe.
Le sport a connu une faveur exceptionnelle au Moyen Âge, comme le démontrait dès 1901, Jean-Jules Jusserand dans Le sport et les jeux d'exercice dans l'ancienne France, un ouvrage qui conserve encore aujourd'hui tout son intérêt. On sait que le mot sport, importé d'Angleterre au xixe siècle, dérive en fait du mot desporter du vieux français. Le poète Eustache DesChamps (1346-1407) invitait «pour déduire, pour desporter et pour son corps reconforter» à s'«exerciter»:

Exercitez-vous au matin,
Si l'air est clair et enterin,
Et soient vos mouvements trempés
Par les champs, ès bois et ès prés,
Et si le temps n'est de saison,
Prenez l'esbat en vos maison.

«L'homme dans l'état d'innocence, écrit Delamarre, un auteur plus tardif, aurait joui d'une tranquillité parfaite et d'une joie que rien n'aurait pu troubler... Agissant toujours sans peine et sans contention, la lassitude, l'abattement et le dégoût lui auraient été inconnus. Il n'en a pas été de même depuis sa chute; il doit travailler... et il est exposé à une infinité de fatigues [...] qui le conduiraient en peu de temps au tombeau, s'il ne lui était encore resté quelques moyens pour les réparer.» Desporter se disait de toutes les formes de jeux, jeux de paroles, jeux de hasard, jeux du corps, ces délassements par lequel l'homme médiéval parvenait à réparer la fatigue du travail auquel l'avait condamné la Chute.

Le tournoi
«Le grand sport du moyen âge était le tournoi », écrit Jusserand. Nombreux sont les auteurs à avoir tracé le parallèle entre la noblesse des courètes grecs et celle des chevaliers en armure, dont la théologie médiévale parviendra à justifier les mœurs guerrières en en faisant des soldats du Christ, les milites Christi. Pierre de Coubertin admirait même davantage cette société des chevaliers où «l'esprit de lucre ne parvient à aucun moment à y tuer l'esprit sportif qui garde une intensité et une fraîcheur supérieures probablement à ce que l'antiquité grecque elle-même avait connu».

Le sport n'est plus le privilège de l'aristocratie ou de la noblesse. On voit l'aristocratie partager avec les «vilains » la même passion pour la soule ou le jeu de paume. Selon une coutume, dont on sait qu'elle était encore en usage dans certaines régions de France au XIXe, des villages entiers se livrent au jeu de la soule, une sorte de gros ballon rempli de son, qu'on s'échange avec le pied et la main, parcourant souvent de vastes distances à la poursuite du ballon. Les participants font preuve d'un zèle si intense que la course se termine parfois dans la mer et qu'on assiste à la noyade de joueurs tentant de récupérer le ballon pour leur équipe.

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