Lawren Harris - Mont Thule - Île Bylot (Nunavut)

Bernard Lebleu

Lawren Harris est l'instigateur de la réunion tenue en mai 1920 regroupant J. E. H. MacDonald, Franklin Carmichael, A. Y. Jackson, Frank Johnston, Arthur Lismer et Frederick Varley. L'évènement est considéré aujourd'hui comme l'acte de naissance du Groupe des Sept dont le génie collectif va donner à l'art canadien une identité propre et une âme en harmonie avec les espaces immenses et sauvages du territoire canadien. Mais l'hiver ne fut pas la saison de prédilection des membres du groupe qui préféraient l'automne où la nature ses pare des plus vives couleurs avant de s'éteindre sous les grands froids. C'est Lawren Harris qui rendra le plus vibrant hommage à l'hiver canadien. Lecteur d'Emerson et de Withman, transcendaliste, puis adepte de la théosophie, il trouvera dans les panoramas enneigés de l'Arctique ou des Montagnes Rocheuses, ces paysages dénudés, réduits à l'essentiel qui font écho à ses recherches philosophiques et spirituelles. Inspiré entre autres par le travail pionnier de Rockwell Kent, il pousse le travail de simplification encore plus loin que son devancier américain: les paysages se résument désormais à un jeu de lignes puissantes chargées d'évoquer le mouvement et les aspirations de l'âme plutôt que de raconter un lieu ou un moment. La figure humaine ou toute autre forme de distraction disparaissent de ses tableaux. En 1930, il participe avec A. Y. Jackson à une expédition organisée par le gouvernement qui le mènera en Arctique en passant par la baie de Baffin. L'oeuvre reproduite ici représente le mont Thule, sur l'île Bylot située à l'entrée du passage du Nord-Ouest.

"Nous (les Canadiens) sommes en marge du grand Nord et de sa blancheur vivante, de sa solitude et de plénitude [...], de ses rythmes purificateurs. Il semble que le sommet du continent soit une source de flux spirituel qui éclairera toujours la race américaine en expansion, et nous, Canadiens, qui sommes les plus proches de cette source, semblons destinés à produire un art quelque peu différent de celui de nos compagnons du Sud, un art plus spacieux, d'une plus grande tranquillité vivante, peut-être d'une certaine conviction des valeurs éternelles." 

Lawren Harris, "Revelation of Art in Canada", article publié en 1924.

 

 

 

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En marge de la Conférence de Glasgow