Respect de la propriété et développement de la société

Adolphe Thiers

(...) Cette terre féconde, il faut s'attacher à elle, s'y attacher pour la vie, si on veut qu'elle réponde par sa fécondité à notre amour. Il faut y fixer sa chaumière, l'entourer de limites, en éloigner les animaux nuisibles, brûler les ronces sauvages qui la couvrent, les convertir en une cendre féconde, détourner les eaux infectes qui croupissent sur sa surface, pour les convertir en eaux limpides et vivifiantes, planter des arbres qui en éloignent ou les ardeurs du soleil ou le souffle des vents malfaisants, et qui mettront une ou deux générations à croître; il faut enfin que le père y naisse et y meure, après le père le fils, après le fils les petits-fils! Qui donc se donnerait ces soins si la certitude qu'un usurpateur ne viendra pas détruire ces travaux, ou sans les détruire s'en emparer pour lui, n'excitait, ne soutenait l'ardeur de la première, de la seconde, de la troisième génération ? Cette certitude, qu'est-elle, sinon la propriété admise, garantie par les forces de la société ?... Tous les voyageurs ont été frappés de l'état de langueur, de misère et d'usure dévorante des pays où la propriété n'est pas suffisamment garantie. Allez en Orient, où le despotisme se prétend propriétaire unique, ou, ce qui revient au même, remontez au moyen âge; et vous verrez partout la terre négligée, parce qu'elle est la  proie la plus exposée à l'avidité de la tyrannie. Au contraire, que par le progrès des temps ou la sagesse du maître la propriété soit respectée: à l'instant la confiance renaît, les capitaux reprennent leur importance relative, la terre, valant tout ce qu'elle est destinée à valoir, redevient féconde.

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