La figure de Judas ne cesse d'inspirer les écrivains, romanciers et dramaturges. Le XXI ° siècle ne paraît pas disposé à rompre avec l'habitude de récrire la vie, les pensées, les déchirements du traître par excellence. Si un geste peut résumer une vie, c'est sans doute le baiser qui contient de nos jours l'essence du personnage. Il s'en allait pas ainsi au Moyen Âge. Les récits de Judas au Moyen-Âge font de Judas un «pendu» et un «damné», en un mot un proscrit sans possible rédemption.
/etm__img7zllyg/$FILE/Leonardo_da_Vinci_Judas_Iscariot_and_the_Apostle_Peter_300.jpg?OpenElement&h=416&l=300)
Pour les uns comme pour les autres, l'image qui résume Judas est celle du pendu. Les vies légendaires de Judas aboutissent à la même image en rapportant des événements inconnus de sources canoniques. La naissance, l'enfance et la jeunesse de Judas y sont racontées tantôt sur le modèle d'un mythe antique et païen, celui d'Oedipe*, tantôt en relation avec le premier criminel de l'histoire biblique, Caïn*. Le remploi de motifs narratifs bien connus rend possible la création d'une nouvelle biographie mythique qui met en jeu les relations familiales fondamentales, les rapports entre des générations successives et les rapports entre frères à l'intérieur de la même génération. Ces éléments ne justifieraient peut-être pas à eux seuls l'expression «mythe de Judas» s'ils n'étaient pas pris à leur tour dans un ensemble plus vaste qui intéresse l'histoire humaine depuis la Création jusqu'au Jugement dernier, qui intéresse le cosmos. Paradis, terre et enfer, qui intéresse surtout le conflit qui oppose le christianisme au judaïsme. L'enjeu ultime du mythe de Judas, c'est l'affirmation du triomphe de l'Église dans l'histoire et pour l'éternité.» (p. 209-210)
L'auteur de cet article rappelle d'abord les quelques données fournies par le Nouveau Testament, sans lesquelles les vies médiévales de Judas resteraient incompréhensibles. Puis, il présente quelques documents qui font de Judas un fils parricide et incestueux, à l'instar d'Oedipe ou même un fratricide en lui attribuant le meurtre d'un frère adoptif plus jeune qui attire Judas dans la mouvance de Caìn. L'auteur commente l'ancrage de ces récits dans les réalités sociales du Moyen-Âge et et en dégage leur portée mythique.