Faire des enfants demain, un livre marquant de Jacques Testart

Hélène Laberge

Commentaires en marge ou dans le droit fil du dernier  livre de Jacques Testart: Faire des enfants demain, Révolutions dans la procréation, paru aux Éditions du Seuil en 2014.

 

 

La technique humilie l'homme en le rendant inutile (Gunther Anders).

 Les heureux hasards de la vie! Au moment où les Québécois sont lancés dans un débat sur la PMA, procréation médicalement assistée, Jacques Testart[1], trente-cinq ans après le premier bébé-éprouvette, et lui-même pionnier en France des méthodes de procréation assistée, fait une analyse approfondie et critique des méthodes qui se sont développées au fil des ans. Avec le recul de l'expérience, les conclusions auxquelles il arrive apparaissent d’une telle pertinence que ce livre devrait servir de Bible à tous les médecins, législateurs, scientifiques et citoyens impliqués dans les révolutions actuelles de la PMA (procréation médicale assistée). En passant, notons qu'en France l'appellation officielle et législative est le terme AMP, (assistance médicale à la procréation).

 L'auteur ne préconise pas l'abolition de cette pratique de la procréation; mais il revendique la nécessité de l'encadrer. Pour mieux suivre ses raisonnements et se représenter clairement ce qu'ils recouvrent, arrêtons-nous d'abord à la définition des termes qu'il emploie : le terme procréation désigne l'accouplement de deux individus, mâle et femelle, (l'homme ou l'animal) «produisant des descendants  différents de leurs géniteurs et différents entre eux. Nous réservons reproduction à un mode de multiplication qui génère des descendants d'une seule origine. (division, bouturage, clonage). Le terme engendrement permet de qualifier des situations où la naissance a nécessité l'intervention d'un tiers (donneur, donneuse de gamètes, mère porteuse).[2]

 De la très instructive petite histoire des procréations qui suit - qui a toujours fasciné les humains depuis les Égyptiens qui, il y a quatre mille ans, pratiquaient une contraception tirée des plantes, en passant par les recherches de Harvey au XVIIe siècle -, retenons «la réalisation de l'insémination artificielle humaine par Hunter en 1790....» [3]Puis celle « avec sperme d'un donneur (qui) fut réalisée aux États-Unis un siècle après le succès de Hunter, mais cette technique... resta longtemps confidentielle...suite aux oppositions religieuses mais aussi à ses nombreux échecs.» [4]Au XXe siècle, c'est Ogino qui montre que l'ovulation humaine survient au milieu du cycle menstruel.» [5]Avec cette connaissance du cycle féminin et l'apparition des contraceptifs efficaces, «s'ébauche alors une véritable médecine de la stérilité». Attention aux mots : «stérilité désigne l'incapacité à procréer tandis que infertilité (ou hypostérilité) est une stérilité relative»[6].. La fécondation in vitro est d'abord réalisée chez les animaux, lapin, souris, hamster et bovin, puis chez l'espèce humaine par Robert Edwards en 1965 avec une première naissance en 1978.[7]. Suivent en l'espace de quelques années, la pilule contraceptive (Pincus) en 1955, l'usage d'hormones pour stimuler l'ovulation, (dans les années 1960);la congélation des spermatozoïdes humains dans les années 1970, la naissance de bébés issus de la congélation de l'embryon en 1984, le clonage du mouton Dolly en 1996 par Wilmut.

 En moins de vingt ans, tous les moyens pour pratiquer la procréation assistée ont été mis en place et les cliniques de fertilité se sont répandues dans le monde entier. Plus de cinq millions d'enfants sont nés de ces pratiques y compris dans les pays dits en voie de développement. Une contribution inattendue à l’explosion démographique actuelle! Le premier but de la PMA était de pallier la stérilité d'un des conjoints d'un couple d'hétérosexuels. Selon les pays, des lois plus ou moins précises ont été édictées pour protéger cette utilisation de la procréation assistée. Mais rapidement la PMA s'est étendue  à tous les demandeurs, femmes seules, hommes seuls, lesbiennes, homosexuels. Les femmes donneuses d'ovules et les mères porteuses sont apparues pour suppléer aux déficiences hormonales des divers demandeurs. De même que la transplantation d'organes suscita un commerce international fondé sur une mutilation lucrative de donneurs, de même un commerce analogue s'offrit aux femmes qui acceptaient de servir de mères porteuses moyennant une généreuse rémunération. «La location d'utérus survient de nos jours comme une forme technologique nouvelle de l'annexion organisée du corps féminin», écrit Sylviane Agacinski[8]. D'autres femmes au Québec ont récemment dénoncé cette marchandisation du corps de la femme dans divers médias.[9]

 «En Inde, c'est une véritable usine à bébés qui s'ouvre dans la province du Gurajat où des centaines de mères porteuses seront disponibles pour 28 000 dollars, dont 8000 pour rétribuer ''le travail physique de la porteuse''.» Des pays ont résisté à cette pratique, dont la France, comme nous le rappelle Christian Rioux dans Le Devoir du 2 mai 2014 : («En accord avec le Code civil, la France punit donc de deux ans de prison et 30 000 euros d'amende celui qui sert d'intermédiaire ''entre une personne désireuse d'adopter un enfant et un parent désireux d'abandonner son enfant né ou à naître.'' » Au Québec, suite à l'utilisation d'une mère porteuse ensemencée d'un ovule acheté aux USA et ayant bénéficié du programme gouvernemental québécois de remboursement des frais afférents, une sociologue de l'Université de Montréal, Céline Lafontaine, a titré un article du Devoir du 25 avril : «Le remboursement des mères porteuses? Du délire».

 Bien évidemment, les défenseurs des droits de l'homme ont alors brandi le sempiternel droit au choix pour tous les humains. En revanche, psychologues, psychiatres, historiens et simples citoyens (pères et mères de famille) ont été stupéfaits du peu de cas fait de l'enfant à venir dans les divers scénarios évoqués plus haut. Ils ont évoqué une rupture récente et d'une rapidité temporelle sans précédent d'avec le modèle universel du couple s'unissant pour mettre au monde et éduquer des enfants, soutenu par le milieu social, la culture particulière, les diverses formes de religion auxquelles il appartient. «Vient un moment, un passage de seuil, souligne Testart, où c'est la technique triomphante qui impulse et bientôt impose la possibilité de changements culturels et sociaux.»[10].

 Jacques Testart rappelle le rôle essentiel de la femme dans la procréation assistée : «C'est un fait qu'encore aujourd'hui on ne sait pas améliorer la qualité du sperme. D'où l'apparition de «deux  techniques aux conséquences considérables : l'injection intracytoplasmique du spermatozoïde pour réussir la fécondation malgré un sperme très déficient, et le diagnostic génétique préimplantatoire (DPI) pour évaluer le génome des embryons.»[11] Devant la diminution de la concentration du sperme au cours des dernières années (entre 1989 et 2005) chez les hommes de 35 ans, Testart souligne que si la dégradation se poursuit, l'ICSI (injection du spermatozoïde dans l'ovule) pourrait s'imposer pour tous! [12]Sans entrer dans les détails techniques, la production importante des ovules chez la femme n'est pas menacée. Ce qui se produit à l'heure actuelle, c'est que la femme en âge de procréer peut donner ou vendre ses ovules. Autre commerce lié à l'expansion de la PMA!


Quant à la grossesse artificielle, Testart la traite de «vieux fantasme masculin récupéré par certaines féministes » et souligne que c'est «une hypothèse qui suscite des discours réitérés mais sans réelles avancées scientifiques depuis trente ans. Il faut souhaiter que (ce fantasme) demeure techniquement infaisable étant donné ce qu'il suppose d'expérimentation humaine et d'instrumentalisation inutile de la grossesse.»[13].

 Dans le passage Apprentis ou sorciers? il porte le jugement imparable du scientifique qui a lui-même contribué à la mise en place de la PMA : ...«l'intervention biomédicale dans la procréation, plus encore que dans la guérison de pathologies, fait attribuer aux acteurs en blouse blanche des auréoles de magiciens. Ils sont quelque chose comme des créateurs d'enfants, noble appellation qui dissimule souvent des savoirs approximatifs et des actes rudimentaires. Répétons-le, l'irruption bruyante de la fivète (fécondation in vitro) doit plus à des bricolages judicieux qu'à des découvertes scientifiques.»[14].

 Testart déplore aussi le fait que des couples se tournent trop rapidement vers la fivète alors que «des traitements médicaux plus légers seraient susceptibles d'entraîner la grossesse, … ou de simples changements de vie pourraient débloquer certaines situations.» [15]. Ou encore, qu'on ne répertorie pas les cas «qui relèvent davantage de l'impatience que de la stérilité.»[16] Ou pire encore, qu'on conclut trop vite à l'infertilité à partir d'«évaluations subjectives». [17]

 Appareils techniques :

Testart s'insurge contre l'utilisation en France d'un nouvel appareil, «l'embryoscope qui, avec un cliché toutes les dix ou vingt minutes, permet de connaître la vitesse de développement in utero dans les jours qui suivent le transfert d'embryon et donc de suspecter des anomalies chromosomiques qui freineraient l'évolution embryonnaire. Coût : 90 000euros (120 000dollars). Mais avec quel projet clinique (l'utiliser) et au prix de quelles angoisses souvent inutiles chez les patientes? »...Et de dénoncer également, «qu'en dépit de l'absence de progrès réels dans les résultats de la PMA, les praticiens se montrent toujours avides de nouveautés»…[18] «La relative efficacité de la FIV approche la approche la fertilité naturelle des couples normaux, estimée à environ 25% par cycle exposé à un rapport sexuel.» page 72.Et il conclut : «La course technologique ne doit pas être une fin en soi surtout quand il s'agit du plus intime et de l'avenir de l'espèce.»[19]Constat important : nul ne peut encore savoir si l'ICSI (injection d'un sperme dans l'ovule)... reproduit des ''tares'' non évaluées.» En Suède, on a découvert que «le retard mental serait plus fréquent (augmenté de 50%) chez les nourrissons conçus par ICSI, portant son taux à 1 pour 1000 naissances. Effet épigénétique ou hérité?» [20]

 «L'idéologie eugénique, nous dit Testart, couvait discrètement jusqu'à la fin du XIXe siècle. … Condorcet rêvait déjà d'une humanité améliorée.»[21]. Par rapport aux horreurs de l'eugénisme nazi, les interventions de la médecine procréative ne sont pas perçues comme une dérive eugénique. Les lycéens auxquels Testart explique que le tri des embryons est une forme d'eugénisme «écrivent des rapports qui absolvent le pouvoir médical ...» [22]Pourtant, sous le couvert de termes «à prétention pseudo scientifiques», orthogénie ou progénisme, «il s'agit toujours de refus des différences et de recherche de l'excellence. Un nouveau vernis, prétendument scientifique et pseudo-démocratique  confère à l'eugénisme un prestige qu'il n'a jamais eu et qui paralyse bien des oppositions.» [23]

 Le fantasme de la perfection

Devant l'intolérance croissante des populations vis-à-vis des handicaps (marginalités physiques ou mentales) s'est développée une recherche de la perfection de l'enfant à naître : et à ce sujet, l'auteur évoque «l'illusion de la maîtrise des handicaps, grâce à des progrès médicaux largement idéalisés.» [24]. Devant la probabilité «que la procréation humaine subira une évolution allant progressivement dans le sens d'une normalisation des enfants, par la recherche généralisée d'un état physique et sanitaire protégeant le plus possible des pathologies et des handicaps», [25]il pose la question sous-jacente à toute cette recherche : «l'enfance résistera-t-elle à cette manipulation? Les droits de l'homme résisteront-ils à l'administration des existences?»[26]Et que deviendra sa liberté? «Car le fantasme collectif de perfection par l'eugénisme nouveau passe par une mouture affligeante de la liberté : l'instrumentation consentie.» [27]Il met en garde contre le DPI (diagnostic préimplantatoire) où «un risque de risque de gène de susceptibilité à une maladie fut considéré comme s'il était le gène de la maladie»,  une probabilité qui aboutit à l'élimination de l'embryon «sans la certitude que l'enfant serait atteint».[28]

 Testart redoute donc la montée de la probabilité qui tient lieu de connaissance, car la corrélation a chassé la causalité. Autre problème, il prévoit le risque que «s'impose un monde administré par des algorythmes qui normalisent le facteur humain, qui excluent l'homme de la gestion de sa propre existence.»

 Savoir-faire et nouveaux droits 

            «La question n'est pas : cela marchera-t-il? mais : à quoi l'homme doit-il s'habituer?

            À quoi a-t-on le droit de le forcer ou de l'autoriser à s'habituer? »[29]

 Pour Testart, «le succès que rencontrent les entreprises qui proposent sur Internet de renseigner quiconque non seulement sur les pathologies identifiables dans son génome mais aussi sur ses prédispositions génétiques à la violence ou à l'homosexualité, démontre un ferme engouement pour le sorcier ADN... Cette illusion de se connaître en réduisant son identité à l'analyse d'une molécule» repose selon lui sur «la mystification entretenue sur les pouvoirs de l'ADN depuis un demi-siècle».[30]. Il renvoie son lecteur à ce sujet au livre de D. Ledkin et S. Lindee La mystique de l'ADN, Belin, 1998. dont il a signé la préface. «Voici venir le temps des diagnostics tous azimuts afin que personne ne puisse se croire en bonne santé. » Ailleurs, il évoque Knock dont toute la science consistait, et avec quelle efficacité, à persuader les habitants d'un village qu'ils étaient tous des malades qui s'ignorent!

 «Puisque le génome sain demeure mystérieux et certainement introuvable, le principe de précaution  devrait logiquement refréner l'entreprise de purification.»[31]

Sur ce principe s'amorce dans la dernière partie de son livre la grande question à laquelle nous devrons tous répondre : «Quelle société formerons-nous si toutes les conceptions sont soumises à une évaluation génétique? » Il se tourne vers l'analyse de Ivan Illich dans Némésis médicale qui déjà prévoyait les conséquences néfastes de la médicalisation du dépistage précoce : à savoir le patient se comportant comme un objet à la charge du médecin, se transformant en patient à vie[32]

 Autre question : Que deviendra l'humanité de l'homme dans cette sélection «forcément arbitraire» des embryons? Et voici sa réponse à laquelle devraient se rallier médecins, gouvernants et citoyens encore en mesure de réfléchir aux conséquences de la PMA :

 «La plupart des inquiétudes que soulèvent les revendications actuelles de personnes non stériles pour leur droit à engendrer, en particulier les couples homosexuels, seraient résolues s'il est fermement et définitivement affirmé que l'AMP n'a pour but que de vaincre la stérilité. Il faudrait convenir que l'accès à l'AMP (PMA) n'est un droit automatique pour personne, hommes ou femmes, homos ou hétérosexuels.» Et dans le cas de l'insémination artificielle avec sperme d'un donneur, Testart précise qu'il n'a jamais été favorable à l'IAD médicale  (insémination artificielle avec sperme d'un donneur), ni bien sûr à la GPA (gestation pour autrui) pour les couples hétérosexuels. »[33]


Testart dresse comme suit la liste des contraintes de la PMA :

        la mobilisation obsessionnelle (souvent pendant plusieurs années) dans l'attente d'un succès biomédical.

        les épreuves physiques et psychologiques.

        l'anxiété au moment de choisir s'il faut poursuivre ou arrêter les essais.

        les tensions fréquentes au sein du couple.

        la difficile décision quand un don de gamètes est ptoposé par les médecins.

        l'angoisse existentielle des enfants nés d'un donneur.

        l'abandon de toute autonomie procréatrice de jeunes femmes qui remettent leurs ovocytes à l'institution médicale.

        le tourment des géniteurs au moment de décider de l'avenir d'embryons en surnombre.

        et bientôt, la volonté d'escamoter toutes les différences, de consommer des bébés, sans compter avec les avatars à venir de l'enfant choisi dans l'oeuf ou de l'engendrement homosexuel.[34]

 Testart préconise plutôt ce qu'il appelle «une aide conviviale à la procréation... débarrassée du paternalisme et de la technicité inhérents à l'institution biomédicale (et qui) pourrait concerner homos et hétéros... » La chose est-elle possible? Seulement précise-t-il si «les règles sociales l'approuvent grâce à une nouvelle coutume!»... L'anonymat des tiers intervenants … devrait en être exclu par décision collective car une communauté d'une telle qualité humaine ne devrait pas cacher son origine à un enfant ni à la société.» Ainsi, la qualité d'ascendant pourrait être reconnue symboliquement pour chaque personne ayant contribué à la naissance par ses gamètes, et éventuellement son corps, sans que ces vérités entraînent les liens juridiques traditionnels de la filiation.»[35].

 À quel coût?

Les coûts en France de l'AMP sur l'Assurance -maladie : une croissance de 7à 8% annuellement! À quoi s'ajoutent les coûts écologiques et anthropologiques : «les techniques d'AMP, d'abord sollicitées pour résoudre d'authentiques malheurs s'imposent peu à peu pour corriger des frustrations, voire pour proposer d'échapper à la condition humaine.»[36]

 Comment limiter la puissance technique?

Par un observatoire indépendant prenant en compte l'avis des citoyens : …«il faut oser poser une question grave : en quoi tel député, lequel décidera en dernier ressort des choix en bioéthique peut-il revendiquer un avis plus pertinent que n'importe quelle personne bien informée? … La montée des controverses et l'exigence démocratique imposent de définir des procédures où l'avis des citoyens serait déterminant pour décider un bien commun, de l'étendue et des limites de la liberté individuelle.» Un protocole qui pourrait s'inspirer «des conférences de citoyens utilisées depuis plus de vingt ans par le Parlement danois et répandues dans le monde entier.» [37]On trouvera sur Internet plusieurs présentations de ces conférences qui se sont constituées autour de grands problèmes: santé, déchets nucléaires, OGM. Dans le site suivant sont expliquées clairement les modalités de création et de participation d'une conférence: http://www.participation-et-democratie.fr/node/1289. On note que «les citoyens lorsqu'il sont investis d'une mission pour le bien commun, manifestent une sorte d'a priori de prudence». [38]

 Testart a fait partie d'une de ces conférences dans le cadre de la révision des lois de bioéthique lancées en France en 2011, dans trois villes, un projet appuyé par le député Jean Leonetti. Il en décrit tout le processus dans le forum de Marseille qui devait répondre à la question : ''Comment contenir l'eugénisme du DPI (diagnostic préimplantatoire)?'' … l'avis rédigé par ces citoyens demandait l'ajout de la restriction une seule affection dans la phrase de la loi qui justifie le DPI pour la recherche ''d'une affection d'une particulière gravité''. Pourtant, et malgré tous les engagements pour tenir compte de l'avis des citoyens des forums, cette proposition d'une grande sobriété (un seul mot!) mais d'une importance majeure ne fut pas même évoquée au Parlement.» Dès 1999, deux généticiens, Bernard Sèle de l'université de Grenoble et Jacques Testart rédigèrent une déclaration qui fut expédiée à tous les acteurs de l'AMP, biologistes, gynécologues et généticiens et portant sur le sujet suivant : Comment contenir l'eugénisme du DPI?

 Cette déclaration qui connut un succès mitigé est encore plus pertinente à l'heure actuelle pour que «l'AMP reste une aide médicale à la procréation et ne devienne pas un moyen de sélection médicalisée de l'humanité.» [39]Pour Testart, il est clair que le recours aux citoyens est nécessaire pour «limiter la puissance technique... Entre l'expertise et la décision politique, il faut introduire le chaînon manquant qu'est le citoyen.»[40].

 Comment conclure cette analyse très complète dont nous avons tenté d'extraire l'essentiel, si ce n'est par le cri d'alarme, dans le dernier chapitre,  que pousse Testart qui n'est pourtant pas suspect de prophétisme! : «Une question grave est de savoir si notre espèce sera en marche avancée vers une autre voie, un autre monde avant que la pulsion de croissance sans fin nous fasse heurter les limites, souvent figurées par le mur de ce qui est supportable par la planète et aussi par les humains. … Si la révélation d'une impasse tragique arrive trop tard , la situation sera propice à des déchaînements violents, afin de favoriser encore des groupes de plus en plus réduits. Une course de vitesse est engagée entre l'autonomie de la technique et l'autolimitation de la puissance humaine.»

«De même que le concept absurde de croissance économique infinie nécessite une révision urgente afin de préserver la planète et ses habitants, l'exigence qui monte d'un droit à l'enfant «normal» est incompatible avec l'humanité de l'homme. ... D'où l'urgence d'une définition des droits de l'humanité qui s'inscriraient aux côtés des droits de l'homme pour marquer que nos décisions ont des conséquences pour l'ensemble de l'espèce humaine.»

«J'espère un monde où l'AMP serait devenue un luxe inutile...»

 

 



[1][1] L'auteur est directeur de recherche honoraire à l'INSERM. Pionnier des méthodes de procréation assistée, il est l'auteur de nombreux ouvrages dans lesquels ils défend l'analyse critique de la science afin de justifier l'engagement éthique et de nourrir la démocratie.

 

[2] Jacques Testart Faire des enfants demain, Révolutions dans la procréation,Seuil, mars 2014, p.19

 [3]Ibid, p.21-22

[4] Ibid.p.22

[5] Ibid. p.24

[6] P.24

[7] P.24

[8] Sylviane Agacinski Corps en miettes, Flammarion 2009, page 154

[9] Céline Lafontaine, Le Devoir

[10] Jacques Testart Faire des enfants demain, Révolutions dans la procréation,Seuil, mars 2014, p.48

 

 

[11] P..26

[12] P.29

[13] P.36-37

[14] P.49

[15] P.58

[16] P.59

[17] P.60

[18] P.66

[19] P.67

[20] P.70

[21] P.79

[22] P.77

[23] P.80

[24] P.84

[25] P.123

[26] P.92

[27] P.122

[28] P.130

[29] Hans Jonas, Le Principe responsabilité, Cerf, 1990. Page 141)

 

[30] Jacques Testart Faire des enfants demain, Révolutions dans la procréation,Seuil, mars 2014, P.143.

[31] P.148

[32] P.149

[33] P.167

[34] P.163

[35] P.168

[36] P.175

[37] P.178

[38] D. Bourg et D. Boy, Conférences de citoyens, mode d'emploi, Charles Léopold Meyer, 2005. Page 181.

[39] Jacques Testart Faire des enfants demain, Révolutions dans la procréation, Seuil, mars 2014P.p.138.

 

[40]  P.191

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