Entre satisfaction du travail accompli et mélancolie : le lancement du 4e tome de la correspondance de Lionel Groulx

Stéphane Stapinsky

Le 28 octobre dernier avait lieu, à Outremont, dans l’ancienne résidence de l’historien Lionel Groulx, qui abrite aujourd’hui le siège social de la fondation qui honore sa mémoire, le lancement du quatrième (et dernier?) tome de l’édition critique de sa correspondance, couvrant les années 1915 à 1920, décisives dans la trajectoire de l’intellectuel.

La Fondation Lionel-Groulx, en accord avec les ayants droit de Groulx, a mis en ligne, sur son site internet, le texte intégral de ce quatrième tome, qu’on peut télécharger gratuitement (http://www.fondationlionelgroulx.org/l-oeuvre-de-lionel-groulx.html). Elle a également eu l’excellente idée d’en faire imprimer, à ses frais, quelques dizaines d’exemplaires. Le livre est beau, il ressemble à ses trois frères publiés antérieurement par Fides. Un bel ouvrage qui est de la belle ouvrage…

Ce lancement, qui réunissait un public peu nombreux mais choisi, a été bien sûr un moment de réjouissance. On a pu y voir, entre autres, le président du conseil d’administration de la Fondation, monsieur Claude Béland, des membres du c.a., d’ex-membres du personnel de la maison ou de l’équipe de l’édition, plusieurs historiens.

Au nombre des invités se trouvait Norman Cornett, intellectuel fascinant, d’origine américaine, qui a été quelque temps professeur de sciences religieuses à McGill. Il a fait, il y a plusieurs années, sa thèse de doctorat sur Lionel Groulx. Il s’agit d’une lecture théologique de son œuvre, d’un point de vue protestant. De l'avis de l’historien Pierre Trépanier, c'est l’une des meilleures thèses sur Groulx. À quand sa publication?

Les artisans de l'édition critique de la correspondance de Lionel Groulx ont pris la parole à cette occasion. Giselle Huot, la merveilleuse cheville-ouvrière, au quotidien, du projet a présenté le quatrième tome en évoquant les différences, en terme de choix éditoriaux, avec les précédents. Comme il s’agissait du dernier publié par l’actuelle équipe de chercheurs, elle en a profité pour remercier tous ceux et celles qui ont ajouté, à un moment ou à un autre, leur petite pierre à l’édifice. Elle a aussi livré un hommage particulièrement senti au troisième membre de l’équipe de la correspondance, madame Juliette Lalonde-Rémillard, ma tante, la nièce de Groulx, qui fut également sa secrétaire avant de mener la barque de la Fondation et du Centre de recherche Lionel-Groulx jusqu’à sa retraite en 1989. Madame Lalonde-Rémillard, dont la santé est éminemment précaire, ne pouvait malheureusement être présente à ce lancement.

Madame Huot a aussi salué la présence, dans l’assistance, du père Benoît Lacroix, qui porte merveilleusement ses 98 ans… Rappelons que c’est le Père Lacroix, qui a obtenu de Groulx, en 1962, l’autorisation de Lionel Groulx de publier une édition critique de sa correspondance, et, en mars 1967, très peu de temps avant son décès, celle d’éditer, après sa mort, ses œuvres complètes. 

Pierre Trépanier, historien et professeur retraité de l’Université de Montréal, a très bien expliqué à l’auditoire le sens du sous-titre du 4e tome : "Le conférencier traditionaliste et nationaliste". Il a parlé avec éloquence des aspects principaux de la vie intellectuelle de Groulx pendant la période 1915-1920, tels qu’ils sont reflétés dans la correspondance du prêtre-historien. Il nous a aimablement permis de reproduire ici son introduction, un travail de réflexion et d’érudition remarquable, qui nous introduit à toutes les nuances de la pensée de Groulx.

Si ce lancement était assurément une source de joie, on sentait néanmoins, chez tous ceux qui étaient associés au projet, un fond de mélancolie. Le directeur général de la Fondation Lionel-Groulx, Pierre Graveline, a en effet confirmé publiquement l’abandon du projet d’édition des années postérieures de la correspondance de Lionel Groulx. Il a émis l'opinion que des projets de ce genre devraient plutôt être menés à bien par les institutions universitaires. Il est à souhaiter qu'une autre équipe prenne un jour la relève.

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