Comment la conscience émergera des machines

Samuel Butler

 

Faire sortir le plus du moins, sans aucune intervention extérieure introduisant le plus, n’est plus, comme la quadrature du cercle une chose considérée comme impossible. Pour les tenants de l’explication mécaniste de l’évolution, cette chose semble aller de soi. Il devient donc logique dans ces conditions que la conscience puisse émerger des machines de fabrication humaine. L’auteur d’Erewon  Samuel Butler, ce brillant contemporain de Darwin, fut l’un des premiers à tirer cette conclusion. Il l'a présentée avec un humour qui fait hélas! défaut à la plupart des futurologues d’aujourd’hui qui traitent cette question.

 

Quelques-uns de ces futurologues sérieux  viennent de lancer, dans le sillage du transhumanisme  The Journal of Personal Cyberconsciousness. On y traite non seulement de l’émergence de la conscience dans les ordinateurs,  chose qui semble aller de soi pour les éditeurs, mais de la transplantation de cette conscience dans des corps régénérés grâce aux nanotechnologies aux thérapies cellulaires. On attend vos articles.

C’est le retour en gloire de Samuel Butler. Il faut relire son chef d’œuvre, Erewhon. Cet ouvrage futuriste du XIXème siècle jette un éclairage singulier sur cette question de l'émergence de la conscience, qui vient de quitter la science-fiction pour faire une entrée remarquée sur la scène scientifique.  Voici un extrait de l’article que nous avons consacré à ce livre. Darwin y est écorché au passage et l’humour de Butler y atteint un sommet.

« C'est dans un court chapitre intitulé ‘’Le livre des machines’’ que Butler expose ses idées sur le progrès technique, par la bouche de sages Erewhoniens. Le premier discours nous aide à comprendre pourquoi les Erewhoniens ont détruit toutes leurs machines. À son arrivée dans leur pays, le narrateur portait une montre, ce qui lui valut la prison. C'était un crime en effet que de rester attaché à un tel symbole d'un passé honni.

Darwin avait adopté le modèle mécaniste. L'évolution résultait à ses yeux du fait que mécaniquement, au hasard des mutations, tel animal était doté d'un caractère nouveau présentant pour lui un avantage dans la lutte pour la survie. Telle était l'interprétation de Butler et de bon nombre de ses contemporains.

Cet aspect de la doctrine darwinienne, Butler le rejetait toutefois énergiquement. Comment, se demandait-il, la conscience a-t-elle pu apparaître dans ces conditions? Bien des auteurs ayant cru depuis pouvoir répondre à cette question, elle n'est plus aujourd'hui a priori une objection majeure pour une majorité d’auteurs. Mais pour Butler, c'en était une.(Il importe ici de préciser que Butler était aussi un humoriste. Pourquoi les Erewhoniens ont-ils détruit toutes leurs machines? Parce que, s'il est vrai que dans une première évolution purement mécanique la conscience a pu apparaître, elle devrait apparaître aussi à une étape donnée de l'évolution des machines.1 Et alors qu'adviendrait-il de l'humanité si, ayant pris conscience de leur nombre et de leur force, les machines, aujourd'hui esclaves des hommes, se révoltaient contre leurs maîtres? (Capek décrira cette révolte dans R.U.R).

« Ou bien, précise le sage Erewhonien, un grand nombre d'actions considérées comme purement mécaniques et inconscientes contiennent plus d'éléments de conscience qu'on ne l'a admis jusqu'ici, ou bien l'être humain descend de choses qui n'ont aucune espèce de conscience. Dans ce cas, il n'y a aucune improbabilité a priori que des machines conscientes, et plus que conscientes, descendent des machines qui existent actuellement.»




En marge de la Conférence de Glasgow