La Salle Jean-Baptiste de

1651-1719

Biographie de Jean-Baptiste de La Salle (par B.-H. Vollet, La Grande encyclopédie - 1885-1902)
«Jean-Baptiste de La Salle, né à Reims en 1654, mort en 1719, déclaré vénérable par Grégoire XVI (8 mai 1840), bienheureux par Pie IX. Fils d'un conseiller au présidial de Reims, J.-B. de La Salle était chanoine de l'église de cette ville, dès l'âge de quinze ans (1666); il ne reçut la prêtrise qu'en 1678. II commença par consacrer son activité aux enfants pauvres en sollicitant et en obtenant des lettres patentes pour l'établissement des sœurs de l'Enfant-Jésus fondé par Roland, chanoine et théologal de Reims. Vers le même temps, il contribuait puissamment par ses conseils, son influence et ses sacrifices personnels à l'ouverture d'écoles gratuites pour les garçons, dans les paroisses Saint-Maurice et Saint-Jacques. En 1679, il se voua entièrement à cette œuvre; pour la maintenir et la développer, il s'appliqua à recruter et à préparer des maîtres selon ses vues. II les réunit dans une maison particulière et constitua avec eux une sorte de communauté dont il devint le directeur et le confesseur. Mais, comme il possédait lui-même un riche canonicat et une grande fortune, ces maîtres goûtaient peu les leçons de renoncement et d'abandon à la providence qu'il s'efforçait de leur inculquer; plusieurs cherchèrent ailleurs des occupations promettant un avenir plus assuré. Afin de les convaincre par son exemple, il résigna son canonicat en faveur d'un prêtre pauvre, qu'il préféra à son propre frère; pendant la famine de 1681, il distribua aux pauvres le prix de tous ses biens. Devenu pauvre lui-même, il mendia publiquement dans sa ville natale, au grand chagrin de sa famille. — Après Reims, ce fut à Rethel et à Guise que s'ouvrirent les premières écoles tenues par des maîtres formés par La Salle. En 1684, ils commencèrent à faire des veeux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance; ils adoptèrent le costume qu'ils portent encore et prirent le nom de frères des Écoles chrétiennes. La Salle voulait que leurs vœux ne fussent que pour trois ans; mais, sur les instances des frères, il consentit à des vœux perpétuels. En 1688, il vint à Paris, avec deux de ses disciples, et y ouvrit une école, rue Princesse, dans la paroisse Saint-Sulpice. En 1705, il acheta dans le faubourg Saint-Sever, à Rouen, la maison de Saint-Yon, dont il fit le centre de son institut. Il établit d'abord à Reims, ensuite à Paris, des séminaires de maîtres d'école, qu'on peut considérer comme les premières écoles normales d'instituteurs; il forma un noviciat pour les adolescents et un autre pour des jeunes gens plus avancés. Enfin, il compléta son œuvre en organisant des leçons dominicales pour les ouvriers. — À sa mort, sa congrégation possédait des écoles à Alois, Avignon, Boulogne, Calais, Chartres, Dijon, Grenoble, Guise, Laon, Marseille, Mende, Mouliigs, Paris, Reims, Rouen, Saint-Denis, Troyes, Les Vans, Versailles. Au début, elle avait rencontré, en divers endroits, une vive opposition, soit de la part des supérieurs ecclésiastiques, en méfiance contre une institution nouvelle et d'aspect singulier, soit de la part des maîtres d'école lésés par la concurrence d'un enseignement gratuit et soutenus par les chantres des chapitres qui exerçaient juridiction sur eux. Les meubles de ses maisons furent plus d'une fois saisis pour fournir le payement des amendes auxquelles les frères avaient été condamnés.

Vers la fin de sa vie, La Salle se démit de la direction de son institut; il réunit les frères en assemblée générale et leur fit adopter formellement comme statuts les règles que son exemple et son autorité personnelle avaient fait pratiquer pendant près de quarante ans. Les dispositions caractéristiques de ces statuts primitifs sont: la prescription d'une absolue gratuité (art. 1,17, 25, 27); l'obligation de l'enseignement simultané; la nécessité de la présence de trois frères au moins en chaque maison; l'interdiction d'admettre des prêtres comme membres de la congrégation; la défense de recevoir des pensionnaires dans les maisons d'école (ch. XIV); celle d'enseigner le latin à qui que ce fût, dans la maison et au dehors. Les frères qui avaient appris la langue latine n'en devaient faire aucun usage dans la maison et se comporter comme s'ils ne le savaient point (art. 60). Le programme officiel des études comprenait la lecture du français et du latin, des livres et des manuscrits, l'écriture, l'histoire sainte, les éléments de la langue française, l'arithmétique; des exercices religieux et une instruction édifiante donnée chaque jour pendant une demi-heure (Statuts publiés en 1787). — Leur institut fut approuvé par Benoit XIII, en janv. 1725, six années environ après la mort de La Salle. En 1770, le siège de l'institut fut établi à Reims; quelques années plus tard, il fut transféré à Melun. En 1789, la congrégation comprenait 4,000 frères et possédait 124 maisons. Elle fut supprimée par le décret du 18 août 1792, qui liquida les pensions des frères d'après le nombre des années qu'ils avaient vécu dans la congrégation. Le maximum de ces pensions était de 900 livres. Le refus ou le défaut du serment civique emportait déchéance.

Les frères reparurent en 1801; dès 1802, ils ouvrirent des écoles à Lyon, à Paris, à Saint-Germain-en-Laye, au Gros-Caillou, à Toulouse. Le gouvernement autorisa les villes à admettre ces écoles et à en faire supporter les frais par les hospices. Le 2 sept. 1805, les frères reprirent leur costume. Le décret du 17 mars 1808 légalisa leur existence et statua qu'ils seraient brevetés et encourâgés par le grand maître de l'Université, qui viserait leurs statuts intérieurs, les admettrait au serment, leur prescrirait un habit et ferait surveiller leurs écoles (art. 109). Leur supérieurs pouvaient être membres de l'Université. L'archevêque de Lyon obtint pour les frères l'exemption du service militaire. Sous la Restauration, le gouvernement les combla de faveurs et leur accorda une grande maison au faubourg Saint Martin, à Paris. Eu 1824, leur institut comptait en France 1,800 frères et 197 maisons. Activement mêlés à la politique réactionnaire et cléricale de la Restauration, ils reçurent le contre-coup de la révolution de Juillet.

Mais ils se relevèrent bientôt. Dès 1848, ils étaient déjà en mesure de profiter des immenses avantages que devait leur offrir la loi du 15 mars 1850. Sous l'Empire et pendant les premières années de la troisième. République, leur institut prit un énorme développement. En 1854, le gouvernement des écoles chrétiennes fut divisé en vingt provinces: dix pour la France, l'Algérie et les colonies; les dix autres pour l'Allemagne, la Belgique, la Suisse, la Savoie, le Piémont, les États de l'Eglise, le Levant, le Canada, les États-Unis et la Malaisie. Les frères avaient dans ces vingt provinces 750 établissements, 1,353 écoles, 4,426 classes, 275,000 élèves. L'institut comptait alors 7,000 membres. En 1878, il en avait 9,818 répartis dans 1,064 écoles publiques et 385 écoles libres. Il a des noviciats à Castletown (Irlande), Vienne (Autriche), Alost (Belgique), Madrid (Espagne) , Albano (Italie), Colombo (Ile de Ceylan), El-Biar (Algérie), Ramleh (Egypte, près d'Alexandrie) , Saint-Denis (île de la Réunion), Montréal (Canada), Baltimore, New-York, Saint-Louis, San Francisco (États-Unis), Quito (Equateur), Santiago (Chili).

Œuvres principales de J.-B. de La Salle: Règles de la bienséance et de la civilité chrétienne; Conduite des écoles chrétiennes; les Douze Vertus d'un bon maître.»

E.-H. VOLLET, article "Écoles chrétiennes", La Grande Encyclopédie, Paris, 1885-1902, tome vingt-et-unième

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